Des professionnels plaident pour faciliter la création de coopératives théâtrales

 « La contribution des coopératives dans le mouvement théâtral algérien » a été le thème d’une conférence, samedi 13 mars 2021, à l’espace M’hamed Benguettaf au Théâtre national Mahieddine Bachtarzi (TNA,) à Alger,  et ce, en marge de la 14ème édition du Festival national du théâtre professionnel (FNTP).

Plusieurs acteurs du théâtre, connus pour leur engagement dans le renouveau de la pratique théâtrale en Algérie, ont pris part à cette rencontre, dans laquelle ils étaient unanimes sur le fait que les pouvoirs publics bloquent ou ralentissent leurs initiatives. C’est ainsi que Azri Ghaouti, ancien directeur général du Théâtre régional d’Oran (TRO), a évoqué l’expérience de la coopérative 1er mai, créée en 1988 par les fonctionnaires et comédiens du TRO. « Ce qui nous a conduit à créer la coopérative, c’est ce besoin de constituer une structure indépendante du théâtre d’Etat », a-t-il dit. Et d’ajouter : « Il y a eu cette nécessité de réfléchir à une nouvelle forme de travail et d’organisation et de gestion parallèle à la structure d’Etat. ». L’intervenant a tenu à faire savoir que la coopérative n’est pas là pour remplacer le théâtre public, mais elle s’organise en complémentarité avec ce dernier. Pour Azri Ghaouti, les coopératives constituent « un espace de liberté ». Elles contribuent au développement et à la promotion du théâtre.  C’est pour cette raison qu’il lance un appel aux instances concernées pour  se pencher sur les besoins et les  aspirations des coopératives.  
L’emprise de la bureaucratie 
« Il faut libérer les coopératives, faciliter la création, encourager les initiatives », a-t-il dit, et ce, pour aller vers un théâtre plus dynamique et plus novateur, un théâtre multiple, inspiré, créatif.  De son côté, Omar Fetmouche du Théâtre Sindjab de Bordj Menaïel (Boumerdes) a déploré, dans son intervention, l’emprise de l’administration.  « La bureaucratie continue d’exercer des pressions sur les coopératives pour limiter leur champ d’action, les pouvoirs publics ne font aucun effort pour aider et soutenir à la création des coopératives et les accompagner dans leur projet théâtral », a-t-il dit, réitérant ce que Azri Ghouti a déclaré, à savoir les coopératives ne prétendent pas à remplacer le théâtre public, mais elles s’emploient à activer parallèlement à la structure d’Etat. Elles complètent celui-ci.  « Les coopératives apportent un plus au théâtre public », a-t-il souligné.  Pareil constat pour Hassan Assous de la compagnie Lam Alif de Sidi Bel Abbès. Il a regretté qu’ « il existe à ce jour une cabale contre les coopératives », et ceux qui les critiquent, « ils n’ont pas de vision ni de réels projets artistiques ».  « Pour eux, les coopératives sont contre le théâtre public », a-t-il dit. Hacen Assous, qui dit ne pas comprendre ce tant d’acharnement contre les coopératives, a expliqué que « les compagnies indépendantes représentent pour un artiste un espace de liberté et d’absolu création ; c’est dans ce lieu qu’il peut continuer à faire son métier d’homme de théâtre. ». En rejoignant Omar Fetmouche et Azri Ghouti, Hacen Assous a tenu à préciser à ceux qui croient le contraire : « nous ne sommes pas contre le secteur public, mais c’est juste qu’une coopérative nous permet en tant qu’artiste d’exercer pleinement notre art ».  
“Ne pas baisser les bras”
Pour sa part Wahid Achour du Théâtre El Belleri de Constantine a regretté que « les compagnies soient livrées à elles-mêmes », mais malgré ce déni et ce mépris de la part des instances publiques, les compagnies ne se découragent pas et continuent de mener leur action théâtrale.  « On essaie de ne pas baisser les bras et d’apporter au champ théâtral, par notre travail, du nouveau et du renouveau », a-t-il dit.  Il a regretté, en outre, que « les critiques, pour certains d’entre eux, n’accompagnent certaines expériences théâtrales ».  Enfin, Tounes Aït Ali de la compagnie Les trois loges, créée en France avec des artistes algériens de la diaspora, a appelé à « libérer le secteur de la culture ». « Il faut mettre en place un environnement favorable à la création de micro-entreprises pour avoir cette liberté de travail”, a-t-elle plaidé.  » Elle a, par ailleurs, regretté « l’absence de communication ». « Ce qui manque, c’est l’engagement », a-t-elle estimé, et de renchérir : « Il faut avoir une forte mobilisation pour la liberté de création. »

Yacine Idjer

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